Montréal et la migration COVID: les nouvelles ne sont pas si mauvaises!

Le chiffre qui inquiète un peu

Le 13 janvier 2022, l’ISQ (Institut de la Statistique du Québec) a publié les chiffres de migration interrégionale, décrivant les migrations entre les régions du Québec de juillet 2020 à juin 2021 (retenez ces dates). Ces chiffres sont présentés dans des tableaux qui remontent jusqu’en 2001, et permettent donc de voir dans quelle mesure la migration ‘COVID’ diffère de la pré-COVID.

Le chiffre qui fait les manchettes est le suivant : Montréal a essuyé des pertes migratoires nettes de -48 300 personnes entre juillet 2020 et juin 2021, indiquant sans ambages que, durant la pandémie, beaucoup de Montréalais ont choisi de quitter la ville de Montréal (en fait les chiffres sont pour l’île).

Les questions auxquelles je tente de répondre sont les suivantes. Ce chiffre est-il catastrophique? Que pourrait-il indiquer pour l’avenir de Montréal?

Pertes migratoires de -48300 : une catastrophe?

Ce chiffre, sans être une bonne nouvelle, n’est pas pour autant catastrophique.

Déjà, avant la pandémie, Montréal ‘perdait’ près de 28 000 personnes par année. Le fait de perdre des dizaines de milliers de personnes au profit du reste du Québec n’est donc pas, en soi, problématique. Ces ‘pertes’ sont en général largement compensées par l’arrivée, bon an mal an, de près de 35 000 immigrants internationaux. Cependant, seulement 21 000 sont arrivés en 2020-2021, mais cela est une autre histoire

En 2020-2021 les pertes nettes interrégionales de -48 300 (c’est-à-dire, la différence entre le nombre de personnes qui arrivent à Montréal et le nombre de ceux qui partent) sont plus grandes que d’habitude … mais on présente parfois ce chiffre sans contexte, comme s’il n’y avait pas de pertes nettes avant la COVID.

Une augmentation de pertes nettes de 20 000, c’est beaucoup, mais moins que 48 300. De plus, Montréal a toujours eu des pertes nettes (du moins depuis 2001-2002, première période rapportée dans les tableaux de l’ISQ).

Il est utile de regarder de plus près les chiffres

Il y a d’autres éléments qui rendent le chiffre de -48 300 moins dramatique que l’on pourrait le penser.

Entre 2018-2019 (dernière période pré-COVID) et 2020-2021, le nombre de personnes quittant Montréal est passé de 60 605 personnes à 78 472 (+17 900): certes, ceci est une hausse significative, mais il ne s’agit pas d’un changement d’échelle. Cette hausse des départs est moins marquée chez les jeunes adultes de 15 à 24 ans (+19%) que chez les autres (de +28 à +34% selon les groupes d’âge – voir Tableau 1).

Note: comment lire ce tableau? “Par rapport à l’année 2018-2019, le nombre de sortants de l’île de Montréal dans la tranche d’âge 45 à 64 ans à augmenté de 5.5% en 2019-2020 et de 34% en 2020-2021″. Chiffres de l’ISQ, tirés du tableau: migration-interreg-ra-entrant-sortant-solde-3019.xlsx.

Si l’on observe les arrivées à Montréal, c’est pour les 15 à 24 ans que les arrivées à Montréal en 2020-2021 ont le moins baissé par rapport à 2018-2019 (seulement -4%), alors que pour tous les autres groupes d’âge sauf les plus de 65 ans cette baisse est autour de 9% (Tableau 2).

Que nous disent donc les chiffres désagrégés?

Il-y-a trois histoires qui se profilent au travers de ces chiffres désagrégés.

Premièrement, Montréal continue à attirer des personnes à partir des régions québécoises: la baisse des arrivées est bien moindre que la hausse des départs. Il s’agit donc moins d’un problème d’attraction que d’un problème de rétention durant la pandémie.

Deuxièmement, Montréal continue à être attractive (et à assez bien retenir) les jeunes adultes, plus que les autres groupes d’âge. Ceci est encourageant.

On peut aussi déceler une troisième histoire assez encourageante pour Montréal si l’on compare la période 2019-2020 à la période 2020-2021. En effet, l’attractivité de Montréal pour tous les groupes d’âge s’est largement améliorée entre la première période COVID (2019-2020) et la seconde (2020-2021) (voir Tableau 2, flèches rouges). Certes, les départs ont continué de croître entre ces deux périodes, mais le rétablissement des arrivées semble confirmer que Montréal ne subit pas tant un problème d’attractivité qu’un problème de rétention. Les gens sont partis pour des raisons conjoncturelles (la COVID), mais la capacité d’attraction de Montréal, qui a chancelé en 2019-2020, ne semble pas fondamentalement entamée.

Le pire est passé (si New York annonce l’avenir)!

Finalement, il y a d’autres motifs pour croire que le bilan migratoire net de – 48 300 personnes en 2020-2021 ne représente pas l’avenir. La période de juillet 2021 à aujourd’hui n’est pas comptabilisée, et nous n’en saurons pas plus avant janvier 2023.

Cependant, les chiffres de la ville de New York, qui vont jusqu’en septembre 2021 (et qui sont mensuels) montrent que la pire période de migration ‘négative’ était de mars 2020 à juin 2021 (Tableau 3). Les migrations négatives nettes vont en diminuant depuis juillet 2020, et en juillet 2021 ont retrouvé leurs niveaux prépandémiques. Or, les chiffres de l’ISQ s’arrêtent justement en juillet 2021.

Notes: les lignes rouge et bleu indiquent les années 2018 et 2019 – les deux années pré-pandémiques. L’on constate la chute importante de la migration nette (par rapport aux années pré-pandémiques) en mars 2020 (ligne jaune), et un petit rétablissement à partir de juillet 2020 (ligne jaune). Ce rétablissement se poursuit jusqu’en juin 2021 (ligne verte). Depuis juillet 2021, la migration nette vers New York a retrouvé son niveau pré-pandémique.

Certes, Montréal n’est pas New York. Mais les chiffres mensualisés de New York nous donnent espoir que le pire est passé. Les chiffres récents de l’ISQ captent la période nettement anormale (New York faisant foi) de juillet 2020 à juin 2021. Depuis juillet 2021 les migrations – du moins pour New York – semblent avoir retrouvé leurs niveaux prépandémiques, et il faut espérer qu’il en va de même pour Montréal.

Published by Richard Shearmur

I am a professor at McGill's School of Urban Planning. I perform research on innovation, on how we locate work activities (in a world where people often work from many places), and on urban and regional economic geography. I used to work in real-estate, and teach a course on this. I am an urban planner, member of the Ordre des Urbanistes du Québec and of the Canadian institute of Planners.

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